Samira Bourgeois-Bougrine
StoryTANK, le think tank européen dédié au storytelling pour les professionnels du cinéma et les scénaristes de toute l’Europe, poursuit son approche exploratoire au cours de cette nouvelle saison, en approfondissant la méthodologie du Groupe Ouest et de lim, conçue pour stimuler la créativité et développée en collaboration avec l’équipe de recherche appliquée de LA FABRIQUE DES MONDES (France 2030).
Nous avons interrogé cinq chercheur·ses international·e·x·s issu.e.s de domaines complémentaires — neurosciences cognitives, ergonomie cognitive, psychologie de la sérendipité, sciences sociales et anthropologie —, en faisant appel à leur expertise pour mettre en lumière ce qu’ils et elles ont observé au sein de cette méthodologie, ainsi que les véritables enjeux de ses dispositifs expérimentaux.
Samira Bourgeois-Bougrine est maîtresse de conférences en psychologie et ergonomie cognitive à l’Université Paris Cité. Ses premiers travaux de recherche ont porté sur l’analyse et le contrôle du risque d’erreurs et d’accidents lié à la baisse de vigilance, à l’augmentation de la fatigue et de la charge de travail dans des domaines à risques.
Depuis 2010, elle explore les démarches adoptées naturellement par l’humain pour résoudre des problèmes, gérer les contraintes et prendre des décisions dans divers domaines allant des situations à risque à l’écriture de scénarios de fiction.
RESTER OUVERT AU CHANGEMENT
« Une fois que l’on a écrit quelque chose, on s’y attache et on devient réticent au changement. »
Une fois que l’on a écrit quelque chose, on s’y attache et on devient réticent au changement. Si nous en sommes encore à un stade oral, que nous racontons les choses, que nous dialoguons, sans rien avoir écrit, rien ne nous empêche de changer.
ÉCOUTER ET S’ADAPTER
« Et nous nous adaptons à ce qui est joué. »
Cela m’a rappelé ce que Miles Davis disait de l’improvisation en jazz : il ne s’agit pas de jouer ce que l’on connaît, mais plutôt de jouer ce que l’on entend, d’écouter les autres musiciens du groupe, même si on ne les connaît pas. Qu’est-ce qu’ils jouent ? Et nous nous adaptons à ce qui est joué. C’est donc une forme d’improvisation sur le Plateau qui dépend des interactions avec les autres. Nous ne sommes pas seuls dans notre bulle.

LA LIBERTÉ DU JEU
« Le jeu évolue de manière dynamique en fonction des actions et des interactions avec les autres. »
Plusieurs études montrent que lorsque nous sommes dans une situation de jeu, caractérisée par deux aspects, la spontanéité et l’imprévisibilité, ce qui signifie qu’il y a du chaos, nous sommes très libres, nous avons la liberté de choisir notre chemin, ainsi que de la réciprocité, lorsqu’il s’agit d’un jeu social. Le jeu évolue de manière dynamique en fonction des actions et des interactions avec les autres.
ÉLARGIR LE FAISCEAU
« Imaginez un faisceau beaucoup plus large qui éclaire des concepts beaucoup plus vastes, sans aucun rapport entre eux. »
L’exploration ouvre le champ perceptif visuel. Nous sommes donc très, très ouverts. Et au risque de me répéter, elle ouvre également la sphère des concepts stockés dans notre mémoire. Imaginez un faisceau beaucoup plus large qui éclaire des concepts beaucoup plus vastes, sans aucun rapport entre eux. Inévitablement, tout à coup, on se dit : ah oui, je n’avais pas pensé à ça. Et si l’on reste concentré sur une seule chose, on se retrouve un peu bloqué.

PENSER À TRAVERS LE CORPS
« Tous nos processus mentaux sont ancrés dans notre corps, dans nos actions et dans notre interaction avec l’environnement. »
Nos pensées, nos émotions, notre raisonnement, notre créativité, tout ce qui se passe, tous nos processus mentaux sont ancrés dans notre corps, dans nos actions et dans notre interaction avec l’environnement. Pour prendre un exemple simple, lorsque l’auteur a suspendu les bourdons, et qu’il y en avait beaucoup dans ce petit espace, il ne pouvait plus bouger. Il était contraint, physiquement contraint. Il devait se faire plus petit pour passer entre eux. C’est son corps et son interaction avec l’environnement, avec les bourdons et tout ce qui était suspendu autour de lui, qui ont fait naître l’idée de l’homme et de ce qui allait lui arriver, puis l’histoire qui a suivi.
L’ALPHA DE LA CRÉATIVITÉ
« Lorsqu’une personne est engagée dans une activité où elle doit penser de manière créative et trouver plusieurs alternatives, le cerveau développe une activité électrique spécifique : l’alpha. »
Lorsqu’une personne est engagée dans une activité où elle doit penser de manière créative et trouver plusieurs alternatives, le cerveau développe une activité électrique spécifique : l’alpha, dans la région frontale, et non occipitale. On peut dire, par exemple, que dans une région frontale se produit un phénomène d’inhibition. Cela signifie que notre cerveau va inhiber les souvenirs qui interfèrent avec la tâche.

INHIBER LES ASSOCIATIONS LES PLUS BANALES
« On observe une poussée d’alpha ou une augmentation de la synchronisation de l’alpha, associée à la suppression ou à l’inhibition des associations les plus banales. »
Et puis, au niveau temporal droit. C’est pour cette raison que l’on associe souvent la créativité à l’hémisphère droit, au-dessus de l’oreille. On observe à cet endroit une poussée d’alpha ou une augmentation de la synchronisation de l’alpha, associée à la suppression ou à l’inhibition des associations les plus banales.





