Vlad Glăveanu
StoryTANK, le think tank européen dédié au storytelling pour les professionnels du cinéma et les scénaristes de toute l’Europe, poursuit son approche exploratoire au cours de cette nouvelle saison, en approfondissant la méthodologie du Groupe Ouest et de lim, conçue pour stimuler la créativité et développée en collaboration avec l’équipe de recherche appliquée de LA FABRIQUE DES MONDES (France 2030).
Nous avons interrogé cinq chercheur·ses international·e·x·s issu.e.s de domaines complémentaires — neurosciences cognitives, ergonomie cognitive, psychologie de la sérendipité, sciences sociales et anthropologie —, en faisant appel à leur expertise pour mettre en lumière ce qu’ils et elles ont observé au sein de cette méthodologie, ainsi que les véritables enjeux de ses dispositifs expérimentaux.
Vlad Glaveanu est professeur titulaire de psychologie à la Business School de la Dublin City University et professeur associé au Centre for the Science of Learning and Technology de l’université de Bergen. Ses recherches portent sur la créativité, l’innovation, l’imagination, l’émerveillement, la technologie, la culture, la collaboration et d’autres thèmes liés aux possibilités. Il est fondateur et directeur du Centre for Possibility Studies de la DCU, fondateur et président du Possibility Studies Network, rédacteur en chef de la revue Possibility Studies and Society (Sage) et rédacteur en chef de la Palgrave Encyclopaedia of the Possible.
DU JE AU NOUS
« Ce n’est plus seulement moi : c’est le “je” qui se fond dans un “nous”, ou qui devient un “nous”, sans perdre le “je”. »
Quand on atteint cet espace de complicité et de sociabilité grâce au jeu, à l’humour, au lâcher-prise ensemble, on crée des liens. Ceux-ci deviennent générateurs parce qu’on bénéficie du soutien des autres. Ce n’est plus seulement moi : c’est le « je » qui se fond dans un « nous », ou qui devient un « nous », sans perdre le « je ».
VOIR L’ARRIÈRE DE SA PROPRE TÊTE
« Parfois, les autres sont des miroirs pour nous, mais certaines personnes voient en nous et dans nos idées quelque chose que nous ne voyons pas. »
On ne peut jamais voir ce que les autres savent. Bakhtine avait une très belle formule. Il disait qu’on ne peut jamais voir de ses propres yeux l’arrière de sa tête. On peut utiliser des miroirs. Et parfois, les autres sont des miroirs pour nous, mais certaines personnes voient en nous et dans nos idées quelque chose que nous ne voyons pas, et nous faisons la même chose pour les autres. Cette complicité et cette dimension ludique permettent donc aux gens de voir ensemble l’arrière de leur propre tête avec beaucoup plus de netteté.
GARDER LES IDÉES EN MOUVEMENT
« Vous arrivez avec vos propres rythmes et vous rencontrez ceux des autres, puis vous co-créez ce mouvement et vous l’emportez avec vous. »
J’aime vraiment penser tout cela comme un mouvement qui possède un rythme, une structure, et cette structure est en train d’émerger. Vous arrivez avec vos propres rythmes et vous rencontrez ceux des autres, puis vous co-créez ce mouvement et vous l’emportez avec vous.

LE BLOCAGE FAIT PARTIE DU PROCESSUS
« Il y a quelque chose de profondément humain dans le fait d’être bloqué, d’être coincé, de ne pas savoir quoi faire. »
Il y a quelque chose de profondément humain dans le fait d’être bloqué, d’être coincé, de ne pas savoir quoi faire. Et comment relancer le processus ? L’une des manières dont cela s’est produit ici passe par ces liens sociaux, cette idée d’être soutenu et entouré, et de comprendre que cela fait partie du processus. Beaucoup de gens rejettent en eux-mêmes le fait d’être bloqués.
SE LIBÉRER DE CE QUI NOUS BLOQUE
« Laissez-vous guider par vos obsessions ou vos passions, mais essayez de les regarder différemment. »
Une autre possibilité consiste à se laisser guider par ses obsessions ou ses passions, mais à essayer de les regarder différemment, puis à s’accorder cet espace. Cela dépend aussi du temps dont on dispose pour travailler avec les choses. Une autre possibilité encore consiste littéralement à s’immerger dans une nouvelle expérience, afin de pouvoir lâcher quelque chose qui vous bloquait complètement.
LAISSER LES CERTITUDES DERRIÈRE SOI
« L’émerveillement consiste en grande partie à laisser les certitudes derrière soi. »
Pour moi, l’émerveillement est la clé qui permet de déverrouiller beaucoup de choses, parce que faire l’expérience de l’émerveillement, c’est faire l’expérience que le monde tel que je le vois, le monde tel qu’il m’est donné et tel qu’il m’est familier, est plus que cela. Il y a davantage dans le monde que ce que je pense savoir ou que ce dont je suis certain. L’émerveillement consiste en grande partie à laisser les certitudes derrière soi. Ces expériences d’émerveillement, si étroitement mêlées à la créativité, à la curiosité et à tout cela, sont ces moments où l’on réalise qu’il y a plus que ce que l’on voit au premier regard. Et cela me donne envie d’en savoir davantage, parce que sinon nous serions simplement surpris. Mais l’émerveillement maintient ensemble ces perceptions et ces explorations. Le sens du possible. L’émerveillement est le sens du possible.
CRÉER DES PONTS
« Dès que vous passez d’un réseau d’associations à un autre domaine avec ses propres associations, c’est un peu comme créer des ponts. »
Dès que vous passez d’un réseau d’associations à un autre domaine avec ses propres associations, c’est un peu comme créer des ponts. Nous avons évoqué, ou j’ai parlé, des métaphores ou d’un langage métaphorique. Quelque chose ressemble à autre chose. Pour qu’une métaphore fonctionne vraiment bien, il faut un certain degré de ressemblance. C’est ainsi que les gens comprennent : ah, c’est un peu comme ça. Mais il faut aussi qu’il y ait de la différence.

UN HASARD ORIENTÉ
« Ce n’est pas du hasard complet, c’est presque un hasard orienté, orienté par vos instincts, vos obsessions, votre dynamique de groupe. »
Ce n’est pas du hasard complet, c’est presque un hasard orienté, orienté par vos instincts, vos obsessions, votre dynamique de groupe. Puis vous reconstruisez les connexions. Quand vous faites cela, vous regardez votre problème et vos associations à la lumière d’autres associations, et cela les enrichit vraiment et peut vous amener à penser de manière radicalement nouvelle, parce que c’est l’un des enjeux de la créativité.





