La Fabrique des Mondes
Les trois dispositifs expérimentaux proposés à 6 scénaristes ou cinéastes, venus de 6 pays dʼEurope, dans le cadre de la 5e saison du StoryTANK, sous la houlette de 6 chercheur·se·s composent LA FABRIQUE DES MONDES – dispositif unique en Europe qui se construit au Groupe Ouest depuis 2023, sous lʼégide du Ministère de la Culture français. Elles & ils explorent et décryptent lʼexpérience vécue collectivement, face à lʼocéan.
LE RÉCIT, UNE COSMOGONIE COMMUNE
«Sans partage, il n’y a pas de récit.»
La Chambre Noire et le Plateau, partagés avec deux autres personnes, c’est un monde, un univers. Et il faut essayer, au-delà de la cosmogonie de chacun·e, essayer de comprendre, au-delà de nous réunir: ce que l’on peut partager. Avec les auteur·trice·s, j’aime partager, j’aime écouter, j’aime marcher avec eux. – Marcel Beaulieu
ÉCRIRE EST UN DIALOGUE AVEC SOI-MÊME, À OUVRIR AVEC LES AUTRES
«Il y a une forme de folie, une schizophrénie nécessaire dans la création.»
Sans folie, on fait des choses que tout le monde attend, que tout le monde veut. Cette folie est une schizophrénie. Écrire est un dialogue, que j’ai constamment avec moi-même, qui me permet de garder un équilibre. Pourquoi je ne trouve pas l’idée? Pourquoi je ne trouve pas la trajectoire du personnage? Pourquoi? Parce que le problème est en moi, il n’est pas à l’extérieur. Il est toujours à l’intérieur de moi: le problème est dans ma tête et LA FABRIQUE DES MONDES agit exactement à cet endroit. – Marcel Beaulieu

DÉPASSER SA PEUR POUR MOTIVER LE RÉCIT
«Avec LA FABRIQUE DES MONDES LA FABRIQUE DES MONDES, on se met à poil: on se jette à l’eau et nous nageons avec d’autres.»
J’avais une frousse terrible. J’ai toujours peur. Je crois que ça fait partie de ma nature. Et donc je suis obligé de me mettre à poil. Ah! On n’aime pas toujours son corps, on n’aime pas toujours qui on est. Et j’avoue que cette peur-là m’a motivé, parce que c’est comme quand on se jette à l’eau: j’étais obligé de nager et j’ai nagé avec les autres! – Marcel Beaulieu
LA CONSTRUCTION D’UN RÉCIT EST UNE TRANSMISSION
«LA FABRIQUE DES MONDES génère une électricité cérébrale qui nous permet de nous raccorder aux autres et au récit.»
Je puise, au sein des dispositifs expérimentaux de LA FABRIQUE DES MONDES: des impressions, une forme d’électricité cérébrale qui me travaille, qui me parle et, qui me permet de me raccorder aux autres, de voir comment je peux transmettre l’énergie que j’ai pu en tirer. Parce que toute création est une question de transmission. – Marcel Beaulieu

L’INCONNU, L’IMPRÉVU OU L’ERREUR COMME MOTEURS DU RÉCIT
«Le métier d’auteur·trice: aller chercher la magie.»
Au sein de LA FABRIQUE DES MONDES, l’inconnu, l’imprévu ou l’erreur nourrissent le récit en composition car interpellent. À la différence des technologies, l’homme a toujours une petite imperfection qui le rend plus intéressant qu’une machine. La singularité est plus intéressante que la beauté exceptionnelle et le récit s’en imprègne. – Massimiliano Nardulli

LES RACINES CACHÉES DU RÉCIT
«LA FABRIQUE DES MONDES brise les murs que chaque auteur·trice construit pour se protéger quand il raconte une histoire.»
Les trois dispositifs expérimentaux de LA FABRIQUE DES MONDES ont un potentiel énorme: ils font ressortir ce qui est caché en nous, ils brisent les murs que chaque auteur·trice·s, d’une manière ou d’une autre, construit pour se protéger quand il raconte une histoire. – Massimiliano Nardulli
ÊTRE DISPONIBLE POUR LA GÉNÉRATION DU RÉCIT
«C’était un grand moment joyeux et ludique, d’exploration.»
Les différents dispositifs expérimentaux de LA FABRIQUE DES MONDES composent un grand moment joyeux, un moment de jeu, d’abord parce que je suis complètement disponible pour ce moment. Nous sommes toutes et tous dans cet état d’esprit très joyeux et ludique: nous sommes prêt·e·s à explorer ce qui va se générer. – Violette Garcia
LA GERMINATION DU RÉCIT, ÉTAPE APRÈS ÉTAPE
«La petite graine plantée dans la Grotte germe dans la Chambre Noire puis, sur le Plateau, on y trouve l’incarnation et donc la possibilité d’un film»
La petite graine plantée dans la Grotte germe dans la Chambre Noire. Elle devient un personnage et de l’émotion surtout, sans savoir exactement où se fixer mais en étant bien présents et vivants. Et sur le Plateau, on y trouve l’incarnation et donc la possibilité d’un film, parce que c’est l’endroit où on peut déployer les composantes du récit. – Violette Garcia

TRAVAILLER UN RÉCIT COMME UNE SUCCESSION D’EXPÉRIENCES PHYSIQUES
«C’est très rare d’avoir la possibilité de travailler un récit avec le corps.»
C’est très rare d’avoir la possibilité de travailler un récit, dans le cadre de ces dispositifs expérimentaux, notamment avec le corps. On a, en effet, peu l’occasion d’avoir à disposer d’un espace dédié et surtout d’un temps consacré. Dans ma pratique de scénariste, on ne me donne pas la possibilité d’avoir une Chambre Noire si j’en ai envie, ni de pratiquer le théâtre d’objets alors que l’ensemble m’aiderait à incarner en tableau vivant, dès le début d’une idée. LA FABRIQUE DES MONDES aide à se raconter intérieurement d’abord l’histoire et à avoir tous les jalons, collectivement, du récit qui vont devenir les poignées d’accroche incontournables car indispensables pour le fi lm ou la série qu’on va déployer ensuite. – Violette Garcia
LA COMPOSITION DU RÉCIT COMME UNE FOUILLE ARCHÉOLOGIQUE
«C’est presque comme si l’histoire était déjà là: tout ce qu’il faut, c’est la découvrir.»
Au fil de LA FABRIQUE DES MONDES, nous communiquons au-delà des mots, plutôt que d’essayer d’expliquer. Cela nous permet de jouer diff érents rôles dans l’histoire et, de la vivre ensemble. C’est presque comme si l’histoire était déjà là: tout ce qu’il faut, c’est la découvrir! Nous l’explorons, l’externalisons à travers ces images, ces sons et ces espaces précis. – Isla Badenoch

EXPÉRIMENTER INDIVIDUELLEMENT ET COLLECTIVEMENT LE RÉCIT
«Je souhaite, désormais, imaginer mes histoires de manière tridimensionnelle, en sortant le nez de l’ordinateur, en utilisant la physicalité et en me déplaçant dans l’espace.»
La succession des dispositifs de LA FABRIQUE DES MONDES démontre ce que l’espace peut apporter à la composition d’un récit. Je souhaite désormais imaginer mes histoires de manière tridimensionnelle, en sortant le nez de l’ordinateur, en utilisant la physicalité et, en me déplaçant dans l’espace pour pouvoir soit expérimenter le récit en tant que personnage, soit percevoir des aspects auxquels je n’aurais peut-être pas pensé autrement. Nos cerveaux veulent résoudre, trouver des réponses uniquement si on nous permet de jouer, découvrir et changer notre manière de penser. – Isla Badenoch

L’INATTENDU DANS LA COMPOSITION DU RÉCIT
«Dans ces espaces liminaux de LA FABRIQUE DES MONDES conçus comme des paysages de rêve: tout peut arriver.»
Quand on s’assoit et que l’on écrit, on contrôle tout et on se prend pour le dieu de notre propre scénario! Alors que dans ces espaces liminaux de LA FABRIQUE DES MONDES conçus comme des paysages de rêve: tout peut arriver. C’est un exercice très mental de questionner la manière dont on souhaite incarner nos personnages, or avec le corps, on peut se perdre, on peut trouver d’autres manières de faire. En conjuguant le corps, la pensée et l’espace dans ce contexte, des inconforts se créent qui provoquent des perturbations et des révélations. – Gabrielle Brady
RÉGRESSION ET TRANSGRESSION DANS LA COMPOSITION DU RÉCIT
«C’est vraiment important que l’espace créé pour jouer le récit soit un safe space pour prendre des risques.»
Il y a quelque chose de transgressif dans le jeu avec le récit. C’est vraiment important que l’espace créé pour jouer soit un safe space, c’est cela qui fait que cela reste un jeu et permet de prendre des risques. – Wendy Ross
C’est un luxe de donner aux adultes l’opportunité de jouer, mais de jouer comme des enfants, c’est-à-dire, permettre l’expression de la spontanéité collective. – Yves Sarfati

DONNER UNE TEXTURE AU RÉCIT
«LA FABRIQUE DES MONDES: un protocole d’exploration et d’investigation du récit.»
LA FABRIQUE DES MONDES engendre un protocole d’exploration qui touche à l’investigation, à une véritable enquête. On vient pister l’histoire que l’on est en train de construire, en proposant, au fur et à mesure, des prises sur lesquelles on va pouvoir rebondir. Sortir de l’écrit pour entrer dans la spatialisation de l’idée, à travers la visualisation, la sensation et la surprise qu’elle provoque pour donner une texture au récit. Avec la Grotte, on initie la composition du récit en écartant des possibilités puis avec la Chambre Noire, on vient recentrer et travailler les ressentis, l’intériorité. Et de là, se dégagent les personnages que l’on avait vu apparaître au tout début et on commence à entrer dans ces personnages, étape par étape. – Théo Gorin
DONNER UNE TEXTURE AU RÉCIT
«Ce qui est remarquable, au fil des dispositifs expérimentaux de LA FABRIQUE DES MONDES, est la faculté d’écouter le monde.»
Ce qui est remarquable, au fil des dispositifs expérimentaux de LA FABRIQUE DES MONDES, c’est la faculté d’écouter le monde, d’avoir cette capacité à réellement voir ce que l’on produit et de comprendre comment cette vision intérieure s’exprime à l’extérieur et, comment cette expression renseigne la manière dont on commence à penser le récit. – Michael Hanchett Hanson

NARRER LE RÉCIT POUR LE COMPOSER
«En étant pas seulement une caméra, l’auteur·trice, en tant que scénariste, se balade dans son univers.»
Dans LA FABRIQUE DES MONDES, il est question d’un voyage intérieur du récit où l’on digère en soi, puis un travail de publicisation où l’on partage le récit en cours de composition avec quatre possibilités de raconter: se positionner en tant que narrateur extérieur, personnage en situation, personnage qui raconte et qui décrit, ou narrateur qui déambule – en étant pas seulement une caméra, mais véritablement l’auteur·trice qui, en tant que scénariste, se balade dans son univers. – Théo Gorin
COMPRENDRE COMMENT LE RÉCIT SE COMPOSE
«Au fil des expériences, se crée collectivement une sorte de musique narrative où chacun·e s’exprime dans le processus global, avec un rythme plus ou moins instrumental et percussif.»
Dans LA FABRIQUE DES MONDES, au fil des expériences, se crée collectivement une sorte de musique narrative où chacun·e s’exprime dans le processus global, avec un rythme plus ou moins instrumental et percussif: il n’y a probablement pas de bonne réponse, mais ce qui compte, c’est de comprendre comment la musique et donc le récit fonctionne. De comprendre ce qui se passe lorsqu’on fait des choses très courtes, plus longues, et d’observer comment les gens interagissent.– Michael Hanchett Hanson
L’URGENCE DE LA TRANSMISSION DU RÉCIT
«L’urgence du partage devient le moteur de la composition du récit.»
La question de l’urgence du partage est primordiale, parce qu’elle devient le moteur de la composition du récit au sein de LA FABRIQUE DES MONDES. Au-delà de la peur, si on demande à quelqu’un de venir sur scène, il va obligatoirement parler et quelque chose va s’exprimer et le récit va se composer. En créant des situations d’urgence, on sort d’une zone de confort pour permettre le lâcher prise, en éloignant l’auto-jugement pour être pleinement dans ce que l’on est en train de produire. Associée au temps long, l’urgence permet d’activer un temps pour soi et de le déployer pour pouvoir produire des matériaux du récit. – Théo Gorin
LES GERMES DU RÉCIT
«LA FABRIQUE DES MONDES, là où peuvent jaillir des idées ou ce que l’on appelle des motifs du récit, c’est-à-dire des éléments d’histoire.»
Les trois dispositifs expérimentaux de LA FABRIQUE DES MONDES sont comme des béquilles, des espèces d’aides, qui sont fabriqués pour favoriser un état dans lequel peuvent jaillir des idées, ou ce que l’eon appelle des motifs du récit, c’est-à-dire des éléments d’histoire. Une histoire complète ne va pas sortir là, tout de suite. On tire, on déroule et ce n’est pas grave s’il n’y a pas d’histoire: il y a des germes du récit. – Jean-Loïc Le Quellec

ÊTRE ENTRE LE DEDANS ET LE DEHORS DU RÉCIT EN COMPOSITION
«LA FABRIQUE DES MONDES nous transporte dans un état quasi hypnagogique, ce moment si singulier entre l’éveil et l’endormissement.»
LA FABRIQUE DES MONDES plonge chacun·e dans un état singulier qui se rapproche le plus possible de la situation hypnagogique, ce moment où l’on est entre l’éveil et l’endormissement. On est entre les deux, entre ce moment où l’on n’est pas complètement réveillé, en train de réfléchir, d’estimer, de juger, de rationaliser tout ce qui se passe, et ce moment où l’on n’est pas non plus complètement en-dehors… et c’est là, précisément, que jaillissent les idées.– Jean-Loïc Le Quellec
L’APPROPRIATION COLLECTIVE DE LA FABRIQUE RÉCIT
«Une réelle incertitude fructueuse s’installe, jusqu’à ce qu’émergent les premiers éléments constitutifs du récit.»
LA FABRIQUE DES MONDES requiert une familiarisation collective: tout le monde n’est pas à la même vitesse, tout le monde ne réagit pas de la même manière aux mêmes stimuli évidemment… S’installe, alors, une réelle incertitude fructueuse, jusqu’à ce qu’émergent les premiers éléments constitutifs du récit. On voit, alors émerger des composantes du récit, de façon complètement imprévue. Le processus est co-créatif: il se passe quelque chose, on participe, alors, toutes et tous à la création et cela fonctionne en retour. – Jean-Loïc Le Quellec

L’HUMOUR COMME ACCÉLÉRATEUR DE LA COMPOSITION DU RÉCIT
«LA FABRIQUE DES MONDES m’a fait réaliser à quel point l’humour est important, et en offrant ces safe spaces: on peut aller plus loin.»
J’ai vu beaucoup d’humour émerger et, l’humour semblait être vraiment important pour maintenir les expériences sécurisantes. À chaque fois où l’un·e ou l’autre avait l’impression qu’il n’y arrivait pas, il y avait des rires, pas de larmes. Il y a eu beaucoup de rires. Et cela m’a fait réaliser à quel point l’humour est important, et en off rant ces safe spaces, on peut aller plus loin. – Wendy Ross
UN VOYAGE DANS LE TEMPS POUR UN RETOUR AUX ORIGINES DU RÉCIT
«Et là, le voyage en compagnie de tous les autres est une co-création, un co-voyage!»
Je suis frappé par le fait que LA FABRIQUE DES MONDES m’est apparue comme un voyage dans le temps, un retour aux origines. Le passage de la Grotte – qui est en fait une serre – à la Chambre Noire, qui est une yourte noire, se fait exactement dans le sens inverse du chemin qui s’est réellement tramé dans l’évolution du chamanisme nord-eurasiatique et nord-américain. Il y a deux types de chamanisme , celui avec la tente claire et celui avec la tente sombre pour la même idée de faire un voyage mais avec des techniques utilisées diff érentes. D’une part, dans la tente claire, un chamane – un spécialiste et professionnel de l’écriture et du partage du voyage. Il est debout et tout le monde est assis et le regarde. Et personne ne participe autrement qu’en regardant, en écoutant, comme un spectacle. Le voyage est ainsi perçu comme un voyage imaginaire. Or, pour lui, le voyage existe réellement, et pour transmettre son voyage, il est obligé de parler, d’expliquer, de dire ce qu’il voit, de mimer et donc de bouger dans l’espace aussi. La relation entre le chamane et le public est ici une relation hiérarchique.
D’autre part, la tente noire correspond à une période plus ancienne, parce que l’on sait qu’il y a eu une évolution du chamanisme: on est passé de la tente sombre à la tente claire. Dans la tente sombre, dans l’obscurité, le chamane peut être n’importe qui. Et celui qui joue le rôle du chamane est allongé au centre de la tente, les autres sont autour. C’est donc une relation hétérarchique, c’est à dire un type de relation qui privilégie l’horizontalité et non un rapport vertical. Et là, le voyage en compagnie de tous les autres, c’est une co-création, un co-voyage. – Jean-Loïc Le Quellec

Des récits pour nous projeter, pour nous ouvrir, pour nous relier, pour nous régénérer, des récits pour comprendre.













